L'essence d'Onorika

ARCANE
L’essence d’Onorika est née dans mes contrastes.
Dans mes élans lumineux ycomme dans mes creux silencieux,
dans ces passages intérieurs où tout devient trop ou plus rien du tout.
Je vis avec la bipolarité, et mes images portent cette oscillation profonde :
un va-et-vient fragile entre l’intensité et l’apaisement,
entre le visible et l’invisible,
entre ce qui m’échappe et ce qui me ramène à moi.
Ici, je dépose ce que je ne vends pas. Des vérités intimes, des images qui m’ont tenue, sauvée, secouée ou simplement accompagnée.
Elles ne cherchent pas à être parfaites.
Elles cherchent seulement à exister, à respirer, à être vues autrement.
Ces images parlent de ma complexité, de mes passages.
Elles naissent dans ces zones où mes émotions changent de forme,
où mes états se déplacent sans prévenir, où mes repères se transforment.
Elles sont les traces visibles de ce qui se passe en dedans,
là où je traverse, où je me répare, où je me recrée autrement.

L'EXALTATION SOLAIRE
L’euphorie, une lumière trop vive qui jaillit d’un coup, sans prévenir, sans nuance.
Un soleil intérieur qui éclate et m’engloutit.
Les idées galopent plus vite que mon propre souffle, tout devient possible…
Je souris trop, je pense trop, je rêve trop haut.
Chaque couleur devient électrique, chaque émotion démesurée.
C’est un feu magnifique, un feu dangereux,
un vertige doré où les étincelles se changent en certitudes.
Dans cette montée, je me sens invincible,
plus grande que la vie elle-même,
comme si rien ne pouvait m’atteindre.
La joie devient un torrent, un raz-de-marée,
si puissant qu’il finit par me dépasser.
Et pourtant, sous cette lumière éclatante,
je sens parfois la fragilité de cette opportunité.
L’euphorie danse, elle m’élève,
mais elle me consume doucement.
C’est beau. C’est dangereux.
C’est moi, au sommet de ma propre tempête.

ROYAUME SUBMERGÉ
La dépression, pour moi, n’est pas un simple affaissement du moral. C’est une descente lente, dense, presque silencieuse, où tout devient lourd, où chaque geste pèse,où la lumière se fait si fine qu’elle semble glisser entre les doigts.
Dans ces moments-là, les couleurs se retirent, les voix s’éteignent, et même les choses simples se transforment en montagnes impossibles à gravir.
Je deviens une version ralentie de moi-même,
une présence qui se regarde de loin sans vraiment se reconnaître.
Le temps s’étire, la fatigue colle à la peau,
et l’espoir, parfois, se cache si bien, que j’ai peine à le trouver.
Mais même là, dans cet espace gris et étroit,
il reste un battement, un souffle fragile,
quelque chose de ténu qui refuse d’abandonner.
C’est souvent dans cette obscurité que mes images naissent.
Elles portent ce poids, ce silence, cette sensation d’être
à la fois vide et trop pleine, fuyante et immobile.
Elles traduisent ce que je n’arrive pas à dire autrement.
La dépression ne disparaît pas en un instant.
Elle se dépose, s’impose, puis finit par se dissiper lentement, laissant derrière elle des traces, des fissures, mais aussi une étrange forme de lucidité.
C’est un passage que je ne choisis pas,
mais que je traverse, encore et encore,
et qui, malgré sa dureté, fait aussi partie
de ce qui construit Onorika,
de ce qui me construit, moi.

LA FAILLE ONIRIQUE
La psychose, pour moi, ressemble à une pièce où les murs respirent.
Un lieu où tout ce qui est immobile se met à vibrer,
où les couleurs murmurent,
où les silences prennent une forme que personne d’autre ne voit.
Au début, je crois que c’est mon imagination.
Une fatigue.
Une pensée trop lourde.
Mais rapidement, je tombe sans m’en rendre compte.
Les bruits deviennent des messages.
Les ombres deviennent des présences.
Mon esprit assemble des indices qui n’existent pas et tisse un récit parallèle,
une histoire qui s’impose, même si elle est fausse.
Tout semble urgent, chargé, menaçant ou sacré.
Il n’y a plus de nuances,
seulement des vérités éclatées.
Je me retrouve enfermée dans une logique invisible,
une logique que je suis seule à comprendre,
et qui devient ma seule réalité.
C’est comme marcher dans un rêve éveillé,
avec la sensation constante
que quelque chose va arriver,
que quelque chose est déjà arrivé,
même si je ne peux pas dire quoi.
L’angoisse monte,
les repères se brisent,
et parfois je disparais derrière mes propres perceptions.
Je ne sais plus ce qui est en dedans ou en dehors,
ce qui vient de moi,
ce qui vient de toi.
Mais même dans ces dérives,
il reste un fil fragile qui me relie encore à moi.
C’est lui que je cherche,
lui que j’attrape
pour revenir doucement du chaos.
Quand je réintègre le réel,
c’est comme revenir à la lumière après une tempête intérieure.
Les formes reprennent leur place,
les voix se taisent,
les ombres redeviennent des ombres.
Je souffle.
Je tiens.
Je me rappelle que je suis ici.
Et de ce passage, je ramène quelque chose.
Une compréhension brute.
Une sensibilité taillée par le vertige.
Un fragment de vérité que je transforme en image,
pour qu’il devienne moins lourd,
moins menaçant,
plus partageable.
C’est ma manière de dire :
voici un morceau de ce que j’ai traversé,
un éclat d’un monde où je ne voulais pas aller,
mais que j’ai appris à nommer.

PORTES TOXIQUES
La consommation excessive n’a jamais été un plaisir. C’était un raccourci.
Une manière de calmer ce qui criait trop fort dans ma tête, de ralentir le monde quand il tournait trop vite,
ou de l’accélérer quand je n’arrivais plus à le suivre.
Les drogues n’étaient pas une fête.
C’étaient des outils bruts, maladroits,
des portes que j’ouvrais pour faire taire un chaos intérieur que personne ne voyait.
Chaque substance changeait la texture de mes pensées :
certaines les diluaient,
d’autres les enflammaient,
d’autres encore les dispersaient.
Il y avait des nuits où je voulais disparaître,
et d’autres où je voulais sentir trop.
Chercher le silence ou chercher l’explosion.
Faire taire le vide ou combler l’excès.
J’étais ma propre fuite et ma propre poursuite.
Ce n’était pas une recherche de plaisir,
mais une recherche de repos —
un repos urgent, chimique, instantané.
Un moment où mon cerveau me laissait enfin respirer.
Puis il y avait l’après.
Ce retour brutal dans mon corps,
ce corps plus lourd, plus lent, plus fragile.
Un retour où je devais tout ramasser :
la confusion, la honte, la fatigue,
et parfois même la peur de ce que j’avais fui.
Avec le temps, j’ai compris que mes excès n’étaient pas du vice,
mais du désespoir.
Une tentative maladroite de survivre à des tempêtes intérieures,
de reprendre le contrôle d’un esprit trop bruyant, trop rapide, trop éclaté.
Aujourd’hui, je transforme ces dérives en art.
J’y trouve un sens, une lumière, une vérité.
J’essaie de comprendre mes gestes
au lieu de me juger sévèrement.
C’est ainsi que je guéris :
en regardant mes excès droit dans les yeux,
en les transformant en fragments,
en couleurs,
en images qui respirent à ma place.

SOLEIL DÉVORANT
La manie, c’est comme si mon esprit se libérait de toutes ses limites.
Tout devient rapide, brillant, urgent.
Je me réveille avec une énergie débordante,
une force qui n’a pas de fin, pas de frein, pas de repos, trop grande pour ma propre peau.
Les pensées arrivent comme des éclairs,
des centaines à la minute,
toutes brillantes, toutes possibles.
Je me lance dans dix directions en même temps,
sans voir les murs, sans voir les dangers,
comme si la réalité elle-même était devenue trop lente pour moi.
Je parle vite, je bouge vite,
je ressens tout avec une intensité féroce.
Les mots sortent avant d’être pensés,
les gestes arrivent avant d’être décidés.
Je flotte entre génie et perte de contrôle,
entre illumination et dérapage.
La manie me donne l’impression d’être intouchable,
capable de tout, connectée à quelque chose de plus grand que moi.
Chaque idée semble révolutionnaire,
chaque sensation devient une vérité absolue.
Je deviens lumière, impulsion, démesure.
Mais derrière cette grandeur,
il y a une fragilité que personne ne voit.
Une tension dans la poitrine, une conscience lointaine que je suis en train d’aller trop loin.
Je fonce, je déraille, je m’envole et parfois, je me brûle.
La manie n’est pas seulement un sommet,
c’est un précipice.
Une ascension magnifique et dangereuse
où je me perds autant que je me dépasse.
Et quand elle retombe,
c’est toujours brutal,
toujours trop haut,
toujours trop vite.
Puis je reste là, épuisée,
à ramasser les morceaux de ce que j’ai fait,
les mots que j’ai dits,
les gestes que j’ai posés,
les excès que je n’ai pas pu retenir.
Pourtant, la manie fait partie de moi.
Elle colore mes images, mes idées, mes intensités que je transforme ensuite en art,
en vérité,
en Onorika.

DEUX CORPS SECRETS
La vie sexuelle, n’a jamais été une simple question de désir.
C’est une danse instable entre mon corps et mon esprit,
une chorégraphie qui change selon mes tempêtes intérieures.
Il y a des jours où le désir brûle,
où ma peau veut sentir tout, tout de suite,
sans filtre, sans patience, sans frein.
Et d’autres jours où ce même corps se referme comme une pierre,
où l’intimité devient lointaine, étrangère, presque impossible.
Ce n’est pas une incohérence.
C’est une dualité.
Le reflet direct de mes états internes.
Quand la manie m’habite, je deviens impulsive, lumineuse, affamée.
Le moindre contact devient une étincelle,
une promesse, un vertige.
Je veux ressentir, vibrer, exister dans la peau d’un autre comme si cela pouvait me sauver du débordement intérieur.
Mais quand la dépression me tient,
c’est l’inverse.
Mon corps devient un territoire silencieux,
où le désir n’a plus d’accès.
Je me sens détachée, absente,
comme si l’intimité appartenait à une autre version de moi-même.
Je ne refuse pas — je ne ressens pas.
Et c’est peut-être ce qui fait le plus mal.
Entre ces extrêmes, il y a la culpabilité,
la confusion,
la difficulté à s’expliquer, à se comprendre soi-même.
La peur d’être trop.
La peur d’être pas assez.
La peur d’être mal perçue, mal lue, mal aimée
dans cette zone fragile où mon psychisme fait trembler mon corps.
Mais avec le temps, j’apprends à regarder cette complexité sans honte.
Elle n’est pas un défaut.
Elle est le langage intime de ma bipolarité.
Un langage imparfait, mais vrai,
qui dit mes contradictions, mes intensités, mes absences.
Aujourd’hui, j’essaie de transformer mes élans et mes replis en quelque chose de doux,
de tendre, de conscient.
J’apprends à écouter mon corps
au lieu de le juger.
J’apprends à nommer mes limites,
à reconnaître mes états,
à accueillir mes élans et mes silences
sans m’y perdre.
Ma sexualité n’est pas simple.
Elle est vivante.
Imprévisible.
Émotionnelle.
Elle fait partie de ce que je suis —
de ce que je transforme,
de ce que je guéris,
de ce que je raconte,
à travers Onorika.

L'ÉCLAIR SACRÉ
L’impulsivité, pour moi, ce n’est pas une erreur.
C’est une décharge.
Un éclair qui traverse mon esprit avant même que j’aie le temps de le nommer.
Une énergie qui me propulse vers l’avant sans réfléchir, comme si mes gestes savaient où aller avant moi.
Dans ces moments, tout devient urgent.
Dire, faire, acheter, écrire, aimer, fuir, exploser
tout doit arriver maintenant,
comme si attendre une seconde de plus devenait insupportable.
Je ne vois plus la conséquence,
seulement l’intensité du moment.
C’est un élan brut, presque primal,
une réponse directe à mes tempêtes internes.
Quand je suis haute, l’impulsivité devient vitesse, excitation, génie.
Quand je suis basse, elle devient fuite, douleur, survie.
Je me suis souvent jugée pour ça.
Pour les mots trop rapides,
les décisions irréversibles,
les gestes que je n’avais pas prévus.
Mais aujourd’hui, je comprends :
c’était ma manière d’essayer d’exister dans un monde où tout allait trop vite ou trop lentement pour moi.
Alors j’apprends à respirer avant d’agir,à reconnaître cette impulsion qui monte, à la transformer en mouvement conscient.Je ne veux pas l’éteindre —elle fait partie de moi.
Je veux seulement l’apprivoiser…

LA BRUME INTÉRIEURE
L’anxiété, pour moi, c’est un tremblement intérieur que personne ne voit.
Une vibration sous la peau, une tension dans la poitrine,
comme si quelque chose allait arriver sans jamais se produire.
C’est un état où mon corps réagit avant même que je comprenne pourquoi.
Elle est là au réveil, parfois,
comme une ombre assise au bord de mon lit.
Elle me suit dans mes gestes, mes respirations,
elle s’accroche à mes pensées les plus simples
et les déforme jusqu’à ce qu’elles deviennent lourdes,
trop lourdes pour ce qu’elles sont.
Parfois, elle s’accélère sans raison,
comme une alarme déclenchée dans le vide.
Mon cœur cogne trop vite,
mes mains deviennent froides,
et chaque bruit, chaque mot, chaque silence
se transforme en menace invisible.
Ce n’est pas de la peur logique.
C’est de la peur sans forme.
Une inquiétude qui flotte,
qui serre,
qui fatigue.
L’anxiété me trouve souvent entre deux phases,
dans les zones grises :
juste avant de monter,
juste avant de tomber,
ou au milieu d’un chaos intérieur que personne ne devine.
Elle est le baromètre de mes états,
le premier signe que quelque chose se prépare en moi.
Pendant longtemps, j’ai voulu l’étouffer,
la cacher, la combattre.
Maintenant, j’essaie de l’écouter.
Elle me parle de mes limites,
de mes peurs profondes,
de ma sensibilité extrême au monde.
Quand je l’accueille plutôt que la fuir,
elle perd un peu de sa force.
Elle devient un signal,
un message,
un rappel que mon système nerveux a besoin de douceur,
de lenteur,
de présence.
L’anxiété fait partie de mon paysage intérieur.
Elle ne me définit pas,
mais elle me traverse.
Et dans mes images, mes mots, mes couleurs,
j’essaie de lui donner une forme
pour qu’elle cesse d’être une tempête invisible.

NUITS ÉPARPILLÉS
Le sommeil, pour moi, n’a jamais été un refuge.
C’est un terrain instable, un cycle brisé,
un espace où mon esprit se bat autant qu’il se repose.
Mes nuits ne sont jamais les mêmes :
trop longues, trop courtes, trop lourdes, trop vides.
En manie, je ne dors presque pas.
Quelques heures me semblent suffisantes,
mon corps refuse de se mettre en veille.
Je me sens électrique, éveillée,
comme si fermer les yeux devenait une perte de temps,
une trahison envers l’énergie qui m’habite.
Je pourrais tout créer, tout changer, tout refaire alors pourquoi dormir ?
Le monde est trop vivant, trop lumineux, trop urgent.
En dépression, c’est l’inverse.
Le sommeil devient une fuite,
un poids qui m’entraîne au fond de moi-même.
Je pourrais dormir des heures
et me réveiller encore épuisée.
Mes draps deviennent une mer lourde où je sombre,
et me lever demande une force que je n’ai pas.
Je dors pour oublier que je suis éveillée.
Puis il y a les nuits fracturées.
Celles où je me réveille sans raison,
où mon cœur bat trop vite,
où mon cerveau recommence à tourner
avant même que je sois consciente.
Des nuits où je flotte dans un demi-rêve,
où je ne sais plus si je pense,
si j’imagine,
ou si j’existe entre deux mondes.
Le sommeil est un miroir de mes états,
un indicateur silencieux de mes tempêtes.
Il se dérègle quand je monte,
il s’effondre quand je tombe,
il disparaît quand je suis au bord.
J’apprends à l’apprivoiser,
à respecter mes nuits comme je respecte mes jours.
Je cherche la douceur, la lenteur,
les petits rituels qui apaisent mon système nerveux.
Je tente de créer un espace intérieur plus calme,
où je pourrais enfin me déposer
sans lutter contre moi-même.
Mes nuits resteront toujours un peu instables,
mais elles font partie de mon chemin,
de mon équilibre,
de ce que je transforme à travers Onorika :
les lumières, les ombres, les insomnies,
tout ce qui respire dans le noir.

REDFLAG
La colère, pour moi, n’est pas un caractère.
C’est une réaction.
Une émotion qui surgit quand mon esprit devient trop plein,
trop rapide, trop tendu pour contenir ce qui l’habite.
C’est une décharge intérieure, brutale et soudaine,
un trop-plein qui cherche une sortie.
Parfois, la colère monte comme une vague rouge,
sans explication claire,
simplement parce que tout devient trop intense :
les bruits, les paroles, les sensations,
les pensées qui s’entrechoquent sans pause.
Une étincelle suffit pour tout allumer.
La rage émotionnelle n’est pas méchante.
Elle est désespérée.
C’est mon système nerveux qui sature,
qui ne sait plus où mettre l’énergie,
qui veut juste cesser de brûler de l’intérieur.
Une tension qui se transforme en explosion,
une douleur qui se change en flamme.
Dans les épisodes mixtes ou les phases hautes,
cette colère devient électrique,
impossible à retenir.
Je parle trop fort, trop vite,
je frappe les mots avant qu’ils passent par la raison.
Je me vois agir, mais je n’arrive pas à freiner.
C’est comme courir à l’intérieur de moi-même.
Dans les phases basses, elle devient plus sombre,
plus silencieuse,
comme une pression qui s’accumule
sans trouver où sortir.
Elle m’étouffe, elle m’encombre,
elle me fait douter de ma propre douceur.
Longtemps, j’ai eu honte de cette partie de moi.
Je croyais que c’était un défaut,
une preuve que j’étais trop intense,
trop brisée.
Mais aujourd’hui, je comprends :
ma colère est le signal d’un déséquilibre,
l’indice que quelque chose en moi cherche à se défendre,
à se protéger,
à survivre.
Alors j’apprends à écouter avant de réagir.
À reconnaître les signes qui montent,
à respirer, à ralentir,
à offrir de la place à cette émotion
sans qu’elle me détruise ni détruise ce qui m’entoure. Ma colère n’est pas mon ennemi, ni mon ami non plus, j'essaie juste de faire des compromis.

LUEUR CÉLESTE
L’hypomanie, c’est une montée douce.
Une lumière intérieure qui s’allume sans prévenir,
qui me rend plus vivante, plus rapide, plus brillante que d’habitude.
C’est un état où tout devient possible,
où les idées s’enchaînent sans effort,
où je me sens enfin alignée avec le monde
au lieu de lutter contre lui.
C’est la version la plus séduisante de la bipolarité.
L’énergie arrive en vagues claires,
l’esprit devient agile, créatif,
mes mots coulent comme si je les avais toujours su.
Je me sens intelligente, intuitive, inspirée.
Je vois des connexions partout,
je crée, je comprends, je devine, je devance.
L’hypomanie me donne un charme particulier,
une facilité à parler, à écouter, à séduire.
Je deviens plus sociale, plus audacieuse,
comme si un voile se levait enfin de sur moi.
J’ai l’impression d’être la meilleure version de moi-même.
C’est doux, euphorique, dangereux.
Parce que derrière cette clarté,
il y a un glissement subtil.
Un moment où je ne sais plus si je contrôle l’élan
ou si c’est lui qui me contrôle.
Je dors moins,
je mange moins,
je réfléchis moins —
tout va trop vite pour que je prenne le temps d’arrêter.
Et parfois, la montée continue.
Trop haut.
Trop vite.
Et l’hypomanie se transforme en manie,
ou bascule brutalement dans la dépression,
comme si mon esprit manquait un virage serré.
Pourtant, je ne veux pas effacer cette partie de moi.
Elle fait partie de mon intensité,
de mon art,
de mon mouvement intérieur.
J’apprends seulement à la reconnaître,
à la respecter,
à la tenir doucement entre mes mains
pour éviter qu’elle me fasse perdre l’équilibre.
L’hypomanie est une lumière fragile.
J’essaie de l’honorer
sans la laisser me brûler.

L'ANCRE ASTRAL
La médication n’est pas une faiblesse.
C’est un pont.
Une manière de relier mes émotions à mon corps,
mes tempêtes à ma stabilité,
mes excès à quelque chose de plus doux.
Ce sont de petites choses minuscules,
faciles à oublier, difficiles à accepter,
mais qui retiennent mes éclats,
ralentissent mes vitesses dangereuses,
et empêchent mon monde intérieur de déborder.
La médication a ses ombres :
la fatigue, les effets secondaires,
l’impression de flotter légèrement à côté de moi-même,
la peur de perdre ma créativité,
ou de devenir une version trop silencieuse de ce que je suis.
Pendant longtemps, j’ai cru que ces pilules allaient me réduire,
me lisser, m’effacer.
Et pourtant…
c’est aussi elle qui me ramène,
qui m’empêche de tomber trop bas,
qui calme les hauteurs où je me perds,
qui me donne un sol solide quand mon esprit glisse
dans des réalités qui ne sont pas vraies.
Je n’aime pas dépendre d’elle.
Mais j’aime encore moins l’idée de retourner
dans ces endroits où je ne me reconnais plus.
La médication n’est pas une prison —
c’est une ancre,
un équilibre fragile,
un soutien invisible qui m’aide à rester moi-même
sans me laisser déborder par mes états.
Aujourd’hui, j’apprends à la voir comme une part de mon chemin,
pas comme une contrainte.
Elle ne me définit pas.
Elle me soutient.
Elle me permet de créer, de respirer, de fonctionner,
de reconstruire mon univers intime
sans toujours me battre contre moi-même.